Les hierbas de Mallorca et hierbas ibicencas sont des digestifs des Baléares anisés. Extraits de plantes méditerranéennes, elles font partie intégrante des coutumes de nombreux foyers qui les fabriquent selon des recettes jalousement gardées. Comment c’est fait ? Quelles sont les différences à noter ? La réponse tout de suite.
Las hierbas buenas : le digestif majorquin
Commençons par remercier le génie arabe. Eh oui, c’est grâce à leur procéder de distillation que cette eau-de-vie anisée a vu le jour.

Une boisson historique à succès
À la fin du XIIIe siècle, le missionnaire majorquin Ramon Llull utilise ses connaissances en matière de distillation pour fabriquer de l’alcool.
Avec cette technique, les hierbas buenas éclosent dans les monastères et les moines produisent un large éventail d’eaux-de-vie et d’alcools à base d’herbes et de fruits. Et on peut dire qu’ils ont investi… A la fin du XVIIIe siècle, on recense à Majorque 177 alambics destinés à la fabrication d’eau-de-vie ! Il s’en produit 780 000 litres, dont 60 % sont destinés à la consommation des Majorquins.
La présence d’alambics sur les propriétés agricoles, porte à croire que les paysans majorquins élaboraient et affinaient eux-mêmes la recette de cet alcool anisée. Il faut toutefois la fin du XIXe pour voir se généraliser la fabrication et la consommation des hierbas, avec l’apparition de plusieurs distilleries encore en activité.
© Photo – Ultimahora
Elaboration des hierbas majorquines
Le règlement de la dénomination géographique définit ce digestif des Baléares comme « une boisson alcoolisée anisée obtenue par l’extraction des arômes de diverses plantes originaires de l’île de Majorque, dont le fenouil, le romarin, la verveine odorante, la camomille, le citron, l’orange et la mélisse« .
Selon leur contenu en sucres et leur titre alcoométrique acquis, on distingue trois types d’hierbas de Mallorca :
- Hierbas dulces : titre alcoométrique de 20 % minimum et au moins 300 g de saccharose par litre.
- Hierbas mixtas : titre alcoométrique de 25 % minimum et entre 100 et 300 g de saccharose par litre. Cette boisson est venue répondre à la demande, dans les bars, du mélange d’Herbes douces et d’Herbes sèches. Les serveurs prenaient une bouteille de chaque et versaient les deux boissons simultanément dans le verre pour qu’elles soient bien mélangées.
- Hierbas secas : titre alcoométrique de 35 % minimum et 100 g de saccharose par litre maximum.
La production et l’embouteillage de cette liqueur s’effectuent exclusivement sur l’île de Majorque.

Las hierbas ibicencas : la liqueur des Pityuses
Las hierbas ibicencas des Pityuses voient le jour sur la petite île de Formentera. Elles s’exporteront naturellement à Ibiza où elles recevront un label.

Un digestif originaire de Formentera
A la fin du XIXe siècle, les habitants de Formentera sont pêcheurs, agriculteurs ou éleveurs. Vers 1880, un aventurier décide de prendre une autre voie et d’effectuer sur son llaüt (petit bateau de pêche) des allers-retours entre les Pityuses et Barcelone. Le but : apporter sur l’île des objets et ustensiles méconnus. Il découvre alors les secrets de l’alambic et de la fabrication d’alcools. De retour à Formentera, il ouvre la première fabrique de spiritueux, plus tard transférée à Ibiza où elle demeure.
Si aujourd’hui de nombreuses personnes continuent à fabriquer les hierbas pour leur propre consommation, la production de cette liqueur est principalement orientée vers le tourisme.
En 1997 l’appellation Herbes Eivissenques est officiellement reconnue. Ibiza protège non seulement le nom géographique du produit mas peut sanctionner les pratiques de concurrence déloyale.
Bon à savoir : les distilleries Ca s’Aniseta et Marí Mayans sont des incontournables du marché.
© Photo – Voy a Ibiza

Fabrication artisanale d’une boisson labellisée
Le règlement de la dénomination géographique définit les hierbas ibicencas comme « une boisson alcoolisée anisée, obtenue essentiellement par l’extraction des arômes de diverses plantes cultivées sur sa zone de fabrication« .
L’extraction des arômes de plantes s’effectue en 3 étapes :
- Distillation : en alambics de cuivre, à feu doux au gaz, pendant 18 heures.
- Macération : dans une solution hydroalcoolique d’alcool éthylique d’origine agricole à 70º, pendant 15 jours.
- Infusion : dans l’eau bouillante, laissée ensuite à refroidir.
La quantité contenue dans chaque bouteille varie en fonction de la coutume de la maison et des zones où poussent les plantes locales. Une fois vide, on remplit la bouteille à nouveau d’anis pour que les herbes conservent leurs propriétés.
Rappelons que la zone de fabrication de ce digestif des Baléares est limitée aux îles d’Ibiza et Formentera.
© Photo – Fluxa Ibiza

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