De sortie pour fêter les solstices, les dimonis majorquins font partie des traditions folkloriques de la grande île des Baléares. Très populaires à Majorque, ces créatures infernales incarnent le Mal terrassé à chaque fête par les saints patrons des villes et villages. Menace préférée des parents pour calmer les enfants désobeissants. « Que vindra el dimoni ! », vous les rencontrerez en janvier et en juin. Mais qui sont-ils ?
Les dimonis traditionnels
Entre chamanisme et enfer biblique, les historiens s’accordent à dire que les dimonis sont apparus après la conquête catalane de 1229. Représentant le Malin et la malice, leur histoire évolue en fonction des saints auxquels ils sont rattachés, et de la culture populaire des villages qui les célèbrent.

Des diablotins d’origine chrétienne
Depuis le Moyen-Age, les dimonis sont symboles de malédiction et de la tentation humaine quand ils représentent les sept péchés capitaux. On les retrouve dans les fêtes religieuses et le théâtre de rue médiéval, pour expliquer au peuple à quoi ressemblerait la lutte entre le bien et le mal. La Fête-Dieu ou Corpus Christi est certainement la référence la plus ancienne et la plus constante de leurs apparitions.
Généralement vêtus d’une combinaison en toile de sac, décorée de motifs de feu, de serpents et d’ours, les dimonis portent un grand masque sur le visage et déambulent dans les rues avec des attributs diaboliques : une paire de moustaches, des cheveux fossilisés, une queue pointue… Certains possèdent une longue corde avec une pointe à l’extrémité que les enfants s’amusent à étirer jusqu’à ce qu’ils s’en aperçoivent, générant alors des cris d’enfer. D’autres marchent avec un bâton avec lequel ils délimitent leur espace et font rire les gens.
Chaque village a ses propres dimonis et ses propres codes.

Les différents types de dimonis
Le dimoni par excellence est sans aucun doute celui de la fête de Sant Antoni qui célèbre le solstice d’hiver et le triomphe de la religion sur le mal. La fête est très populaire à Alaró, Muro, Sa Pobla et Pollensa et a été déclarée « fête d’intérêt touristique » en 1966.
Antoni est le saint patron des animaux à plume. Il représente la paysannerie, profession hégémonique de Majorque avant même la conquête de l’île par le roi Jaume Ier.
Le 16 janvier les démons dansent dans aux quatre coins des villages, au son de la musique traditionnelle. Le soir, des feux de joie sont allumés dans les rues principales et les villageois se retrouvent pour partager le dîner.
A côté des démons de la Sant Antoni, il y a la figure du dimoni temptador qui accompagne la bienheureuse Santa Catalina Tomàs dans des processions depuis 1792. Elles subsistent encore aujourd’hui à Valldemossa, Palma, Vilafranca et Santa Margalida.
Les groupes de dimonis sont nombreux et profondément enracinés dans ces villes. A Palma, on les retrouve pendant les fêtes de la San Sebastian, saint patron de la ville, chaque 20 janvier.
Dans certains endroits, les dimonis sortent accompagnés de grandes bêtes qui crachent du feu : les correfocs.
Les dimonis de correfoc
Les dimonis de correfoc rassemblent et réveillent les mêmes sentiments que ceux inspirés par les dimonis traditionnels.

L’origine du festival vient d’un spectacle qu’Iguana Teatre a réalisé en 1988 à la discothèque DHRAA. Cette nuit de la San Joan, la compagnie théâtrale réalise un spectacle avec des éléments pyrotechniques. L’atmosphère est infernale et les démons se mêlent au public, faisant passer la fête à un autre niveau.
Ainsi naît l’un des moments les plus attendus des festivités de la Saint Jean.
A l’image des dimonis traditionnels, les dimonis de correfoc ne dépendent pas directement d’une institution officielle. Ils font partie du tissu associatif de la ville.
Vous aimerez aussi :
Jaume I et la fête de l’Etendard
Le culte de la Vierge endormie
Des rameaux au lundi de Pâques : la semaine sainte à Majorque